Autrice: Laura Peron
Le littoral est un espace constamment en mouvement, que ce soit par le balancement des marées, le mouvement des vagues ou l’évolution du trait de côte (avancée ou érosion). La délimitation entre la terre et la mer est donc mouvante et floue dans l’espace et le temps.
Le littoral désigne un lieu de rencontre entre deux espaces, deux matières, deux mondes. Il comprend des espaces totalement immergés, des espaces totalement émergés et l’estran, bande de terre immergée à marée haute et émergée à marée basse. L’estran est un exemple de ce que l’on appelle en écologie un « écotone », une zone de transition entre deux écosystèmes. Pourtant, les méthodes de représentation graphique du littoral mobilisées dans la production cartographique tracent souvent une discontinuité spatiale, entre l’espace terrestre et l’espace maritime. Le littoral est en effet majoritairement représenté par un tracé linéaire continu, qui renvoie bien plus à une logique de frontière que de continuité. Comment rendre compte de cette continuité écologique terre-mer ? Comment la représenter ?
Premières pistes…


La méthode retenue dans la carte ci-dessus est celle de la représentation d’une donnée continue et commune entre l’espace terrestre et l’espace maritime : l’altitude.
Le produit Litto3D, produit par le SHOM et l’IGN, permet la représentation continue du relief entre terre et mer. Il s’agit d’« une base de données altimétrique unique et continue terre-mer donnant une représentation tridimensionnelle de la forme et de la position du sol sur la frange littorale du territoire français (métropole, départements et collectivités d’Outre-Mer)»1. Cependant, cette donnée n’est pas encore disponible pour l’ensemble de l’espace littoral français et en particulier, elle n’est pas disponible pour la Baie de Seine. Ainsi, la carte présentée ci-dessus est le résultat d’une fusion entre des données altimétriques terrestres (Modèle Numérique de Terrain issu de la BDAlti de l’IGN) et des données bathymétriques (Modèle Numérique de Terrain bathymétrique du SHOM).
Avant d’expliquer la méthode de fusion de ces couches, il est nécessaire d’aborder des points de définition et les méthodes de production de ce type de données altimétriques. Les deux types de données que nous cherchons à fusionner ne possèdent pas le même référent altimétrique, soit le niveau de référence commun pour mesurer l’altitude en d’autres points. Le système de référence altimétrique des cartes IGN est l’IGN69. Ce niveau zéro est fixé au niveau moyen de la mer basé sur le marégraphe de Marseille. Les données bathymétriques du SHOM utilisent un autre système de référence altimétrique commun à toutes les cartes marines et appelé le zéro hydrographique. Il est choisi au voisinage des plus basses mers astronomiques. De plus, le zéro hydrographique varie dans l’espace et est calculé pour plusieurs ports de référence en France. Ainsi, le zéro des données IGN n’est pas le même que celui des données du SHOM, et le zéro des données du SHOM varie lui-même selon le port de référence de la zone considérée. Il est possible cependant d’effectuer un ajustement à la couche de données bathymétriques pour que les mesures de relief soient cohérentes par rapport au zéro IGN69. Pour cela, il faut se référer à un document produit et mis à jour régulièrement par le SHOM. Ce document, intitulé Références Altimétriques Maritimes ((SHOM, Références Altimétriques Maritimes. Ports de France métropolitaine et d’outre-mer. Côtes du zéro hydrographique et niveaux caractéristiques de la marée, 2022)), permet non seulement de connaitre le port de référence de notre zone d’étude (il s’agit ici de Cherbourg) mais aussi la cote du zéro hydrographique dans le système altimétrique légal (IGN69) ce qui nous permet de connaitre la correction (en mètres) à effectuer sur notre couche de données bathymétriques. Selon les données présentées dans ce document, pour assurer la cohérence des données entre terre et mer, il faut ajouter (- 3.285) à chaque pixel du Modèle Numérique de Terrain bathymétrique, par exemple à l’aide de la calculatrice raster dans QGIS. Les données d’altitude sont alors conformes au système de référence altimétrique IGN69.
Une fois les données d’altitude cohérentes entre terre et mer, la continuité est permise grâce à une symbologie commune entre les deux couches. Ainsi, il y a une continuité dans la représentation du relief sur terre et sur mer. Les mêmes valeurs sont représentées de la même couleur. Pour accentuer l’effet de continuité, on ajoute par transparence un ombrage. De plus, la zone étant peu vallonnée, on peut augmenter artificiellement le relief grâce à un facteur d’exagération verticale, afin de donner un effet visuel plus marqué.
Ce travail est issu du mémoire de recherche de Laura Peron intitulé « Cartographie des côtes et perception du rivage : synthèse des modes de représentation de l’interface Terre-Mer et de la mobilité du littoral. Recherche de représentations sensibles et innovantes » du Master Géographie, aménagement, environnement et développement – Parcours Carthagéo, sous la direction de Clélia Bilodeau et Joanne Clavel, Université Paris Cité.
- Voir le document présentant les spécifications techniques du produit Litto3D : https://services.data.shom.fr/static/specifications/Specifications-techniques-Litto3D_v1_0-Doc_v1_5.pdf [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Joanne Clavel (19 septembre 2023). Cartographier la continuité terre-mer. Sensitroph' Consulté le 11 juillet 2026 à l’adresse https://sensitroph.hypotheses.org/451